- 7 mai
L’ORIGINE DE L’OPTIMISATION DE L’EXPOSITION POUR LE NUMÉRIQUE À +1,33 IL
La méthode d’optimisation de l’exposition pour le numérique à +1,33 IL a été mise au point par Olivier Chauvignat à partir de 2006, puis utilisée professionnellement et enseignée à partir de 2010.
Cet article présente les principes de cette méthode, les principales confusions apparues au fil de sa diffusion et les fausses données qui lui ont été progressivement associées.
L'optimisation à +1,33 IL, c’est quoi ?
L’optimisation d’exposition à +1,33 IL consiste à augmenter de 1,33 IL la quantité de lumière reçue par le capteur par rapport à la mesure incidente réalisée au posemètre/flashmètre, soit environ 2,5 fois plus de lumière, afin d’augmenter le signal enregistré et d’améliorer le rapport signal/bruit, sans aller jusqu’à l’écrétage des hautes lumières.
Elle se pratique exclusivement en RAW, avec l’appareil réglé en mode manuel, et EXCLUSIVEMENT à partir d’une mesure incidente réalisée au posemètre/flashmètre.
Elle ne peut pas être appliquée à partir de la mesure intégrée du boîtier, qui fonctionne en mesure réfléchie.
Une méthode conçue pour la prise de vue numérique
La méthode d’optimisation à +1,33 IL est basée sur les travaux de pionniers de l’imagerie numérique, notamment Bruce Fraser et Thomas Knoll, deux références majeures dans la compréhension du traitement numérique de l’image et du développement RAW.
À partir de leurs travaux, j’ai mené dès 2006 plusieurs années de recherches, d’essais et d’expérimentations sur la qualité des fichiers RAW, la conversion analogique-numérique et la manière d’exploiter au mieux les informations enregistrées par le capteur.
Ces recherches ont abouti à une méthode utilisable directement sur le terrain, reposant sur une mesure précise de la lumière, réalisée au posemètre ou au flashmètre, puis sur une optimisation effectuée à la prise de vue.
Cette méthode a ensuite été utilisée dans le cadre de productions professionnelles, notamment pour des marques de cosmétiques comme L’Oréal Professionnel, Redken ou Schwarzkopf, puis intégrée aux formations dispensées à partir de 2010.
Une méthode diffusée fréquemment déformée
Au fil du temps, l’optimisation à +1,33 IL a été reprise, transmise et parfois intégrée à d’autres systèmes de formation.
Cette diffusion a également entraîné des confusions avec des notions qui n’appartiennent pas à la méthode d’origine, notamment :
la surexposition ;
la dynamique du capteur (l'optimisation d’exposition n’est pas dépendante de la dynamique du capteur) ;
l’ETTR, ou « exposer à droite » ;
l’idée quelle serait « équivalente à une compensation d’exposition à +1,3 »
l’utilisation supposée obligatoire d’un profil linéaire ;
l’idée qu’un profil linéaire apporterait davantage d’informations ou de latitude au fichier RAW.
L’objectif de cet article est donc de rappeler simplement ce qu’est la méthode, ce qu’elle permet et ce qu’elle n’est pas.
L’optimisation à +1,33 IL n’est pas une surexposition
Une surexposition correspond à une perte définitive d’informations dans les hautes lumières. Lorsque le fichier RAW est réellement écrêté, les valeurs concernées sont détruites et ne peuvent plus être récupérées au développement.
Le terme surexposition peut également désigner une quantité de lumière plus importante que nécessaire.
L’optimisation à +1,33 IL repose au contraire sur une mesure rigoureuse destinée à exploiter au mieux la capacité d’enregistrement du capteur, sans écrêter le fichier RAW. Il n’ya donc pas de surexposition par écrétage (pas de « cramage »)
Comme son nom l’indique, une optimisation consiste à apporter la quantité idéale de lumière pour le numérique, conformément aux travaux de Bruce Fraser. Il n’ya donc pas de surexposition par apport de trop de lumière.
Elle permet d’enregistrer davantage de signal utile, aussi bien dans les hautes lumières que dans les basses lumières.
Une optimisation correctement réalisée ne détruit donc pas les informations du fichier et n’apporte pas plus de lumière que nécessaire. Elle apporte la quantité exacte de lumière nécessaire. Ce n’est PAS une surexposition.
L’optimisation d’exposition à +1,33 IL n’est pas une correction d’exposition à +1,3 IL.
Une correction d’exposition de +1,3 IL est appliquée à partir de la mesure réfléchie automatique du boîtier. Or cette mesure dépend directement de ce que photographie l’appareil : une scène sombre et une scène claire ne renvoient pas la même quantité de lumière. La référence à partir de laquelle est appliquée la correction est donc variable.
L’optimisation à +1,33 IL fonctionne tout autrement. Elle est déterminée à partir de la lumière qui arrive sur le sujet, grâce à une mesure incidente réalisée au posemètre/flashmètre. Cette mesure est indépendante du contenu de l’image, de la réflectance du sujet et même du boîtier utilisé. Elle fournit donc une référence constante.
C’est également la raison pour laquelle on ne peut pas réaliser une optimisation à +1,33 IL à partir de l’histogramme. Celui-ci représente la répartition des valeurs du JPEG produit par le boîtier et varie nécessairement en fonction du contenu de la scène. Une scène sombre donnera naturellement un histogramme plutôt situé à gauche, une scène claire plutôt à droite : sa position ne permet donc pas de déterminer la référence nécessaire à l’optimisation.
L’optimisation est réalisée avant la prise de vue, en RAW et en mode manuel, à partir de la mesure incidente au posemètre/flashmètre. Elle consiste à exploiter la marge disponible avant la saturation du capteur afin de lui faire recevoir davantage de lumière et donc de produire davantage de signal.
C’est pourquoi ajouter arbitrairement +1,3 IL à la mesure du boîtier, ou déplacer un histogramme vers la droite, ne permet pas de réaliser une optimisation d’exposition à +1,33 IL.
Le tutoriel ci-dessous explique en détail ces différences et leur fonctionnement.
L’optimisation à +1,33 IL n’est pas l’ETTR
L’ETTR, ou Expose To The Right, consiste à déplacer visuellement l’histogramme vers la droite afin de rapprocher les valeurs de la limite d’écrêtage affichée par le boîtier.
Cette approche repose sur l’observation de l’histogramme du JPEG intégré à l’appareil, et non pas du fichier RAW. Elle dépend donc du contenu de la scène, du profil utilisé, du contraste et des traitements appliqués par le boîtier.
L’optimisation à +1,33 IL fonctionne selon un autre principe.
Elle repose sur une mesure incidente au posemètre ou au flashmètre, indépendante de la lumière réfléchie par la scène. Elle est donc mesurable, reproductible et ne dépend pas de l’interprétation visuelle de l’histogramme.
On ne peut donc pas réaliser une optimisation à +1,33 IL en déplaçant simplement l’histogramme vers la droite.
Un profil linéaire n’est pas nécessaire
L’optimisation à +1,33 IL est réalisée à la prise de vue.
Un profil linéaire intervient ensuite, au moment du développement du fichier RAW. Il ne peut donc pas être une condition de l’optimisation, puisqu’il est appliqué après l’enregistrement du fichier.
Un profil linéaire ne crée aucune information supplémentaire. Il ne modifie ni l’exposition réalisée à la prise de vue ni la quantité de signal enregistrée par le capteur.
Il constitue simplement un point de départ différent pour le développement, avec une courbe initiale plus neutre et moins contrastée.
Un fichier correctement optimisé peut donc être développé avec un profil linéaire ou avec un profil non linéaire.
Un profil linéaire n’est pas une image « sans développement »
Dès qu’une image RAW est visible à l’écran, elle a déjà subi un traitement minimal permettant son affichage :
dématriçage ;
balance des blancs ;
interprétation colorimétrique ;
courbe de rendu ;
conversion vers un espace d’affichage.
Un profil linéaire utilise une courbe plus neutre, mais il ne supprime pas le développement.
Il ne s’agit donc pas d’un fichier RAW « brut » ou « sans traitement », mais d’une interprétation volontairement plus plate des mêmes données.
Un profil linéaire n’augmente pas la dynamique du fichier
Les profils linéaires et non linéaires utilisent les mêmes données RAW.
La différence se situe dans la manière dont ces données sont présentées au départ dans le logiciel de développement.
Un profil linéaire ne crée pas davantage de nuances, n’augmente pas la dynamique du capteur et ne récupère aucune information absente du fichier.
À résultat final équivalent, il est possible d’obtenir la même image avec un profil linéaire ou non linéaire. Ce qui change, c’est uniquement le point de départ et les réglages nécessaires pour parvenir au résultat souhaité.
La qualité du fichier dépend avant tout de la mesure, de l’exposition et de l’optimisation réalisées à la prise de vue.
Les exemples de développement
Les photographies présentées dans cet article montrent qu’un fichier optimisé à +1,33 IL peut être développé avec un profil linéaire ou non linéaire sans provoquer de surexposition du RAW.
Elles montrent également que les différences de rendu dépendent des choix de développement et non d’une prétendue augmentation de la latitude apportée par le profil linéaire.
Un profil linéaire peut être développé trop clair, tout comme un profil non linéaire peut être développé plus sombre. Le profil ne remplace ni la compétence du photographe ni la qualité de la mesure réalisée à la prise de vue.
Les deux photographies ci-dessous ont été développées à partir du même fichier RAW, l’une avec un profil non linéaire, l’autre avec un profil linéaire. À résultat final équivalent, aucune différence significative n’est visible : le profil modifie le point de départ du développement, mais il ne crée aucune information supplémentaire.
Non-Linéaire
La photographie développée avec un profil non linéaire conserve l’ensemble des nuances, y compris dans les valeurs claires. Le fichier est correctement exposé et ne présente aucune perte d’information.
Linéaire
La même photographie, développée avec un profil linéaire, permet d’obtenir le même résultat final. Sans indication, il est impossible de déterminer visuellement laquelle des deux versions a été développée avec un profil linéaire.
Non Linéaire
Détail
Linéaire
Détail
Profil linéaire
Développé trop clair
Un profil linéaire n’empêche pas les erreurs de développement. Dans cet exemple, la photographie a été développée trop claire : le résultat dépend des réglages appliqués, et non du caractère linéaire ou non linéaire du profil.
Profil non- linéaire
Développé plus sombre
Ici, la photographie est développée avec un profil non linéaire, mais avec un rendu plus sombre que le traitement initial. Il s’agit d’un choix de développement. La restitution des nuances dépend donc des réglages appliqués, et non du profil utilisé. Un profil non linéaire permet d’obtenir les mêmes résultats qu’un profil linéaire lorsque le développement est conduit vers le même rendu final.
Mesure d’exposition au posemètre optimisée à +1,33 IL
Non-Linéaire
Photo initiale
Avec le profil non linéaire, les valeurs claires apparaissent plus lumineuses au point de départ. Cette différence provient uniquement du rendu initial du profil et peut être ajustée facilement au développement, notamment avec le réglage des hautes lumières.
Un profil linéaire ne crée aucune information supplémentaire : toutes les informations disponibles se trouvent déjà dans le fichier RAW. Elles dépendent de la qualité de la mesure, de l’exposition et de l’optimisation réalisées à la prise de vue.
La mesure incidente au posemètre optimisée à +1,33 IL ne provoque aucune surexposition du fichier RAW
Mesure d’exposition au posemètre optimisée à +1,33 IL
Linéaire
Photo initiale
Un profil linéaire doit être créé spécifiquement pour votre boîtier. Dans cet exemple, le profil a été réalisé pour mon Hasselblad H5D-60 employé lors de la prise de vue. Ce profil linéaire ne conviendrait pas pour un autre Hasselblad H5D-60 que le mien
La différence visuelle entre le profil linéaire et le profil non linéaire reste faible, voire indiscernable comme dans ces exemples. C’est normal : un profil linéaire constitue simplement un autre point de départ pour le développement, avec une courbe initiale plus neutre.
La mesure incidente au posemètre optimisée à +1,33 IL ne provoque aucune surexposition du fichier RAW.
Pour approfondir
Les questions relatives aux profils linéaires, à leur fonctionnement, à leur création et aux fausses données qui leur sont associées sont désormais développées dans plusieurs tutoriels spécifiques.
Ils permettent d’approfondir séparément ces sujets sans alourdir l’article consacré à l’origine de la méthode d’optimisation à +1,33 IL.
L’historique
Basée sur les travaux des pionniers du numérique, la méthode de mesure et d’optimisation « à +1,33 IL » pour le support numérique a fait l'objet de nombreuses années de recherche et de mise au point, puis de mise en pratique et d’améliorationsPuis j'ai délivré ces techniques dans le cadre de mes formations depuis 2010 à de nombreux élèvesJ'ai également formé des formateurs photoVous avez donc peut-être entendu parler de mesure et d'optimisation pour le numérique « à +1,33 IL » via leurs propres formations.
La source
Bruce Fraser
Bruce Fraser est un expert de l'imagerie numérique et de la reproduction d'images en couleur. Consultant et conférencier reconnu sur la scène internationale, il est l'auteur d'un livre culte sur la gestion de la couleur et de plusieurs best-sellers sur Photoshop. Document Adobe / Bruce Fraser Traduction
Le pionnier
Thomas Knoll
Thomas Knoll est un développeur informatique américain qui, dans la fin des années 1980, créa le programme de retouche d'images Photoshop, ainsi que le module de développement numérique Adobe Camera Raw
Mes recherches
Depuis 2006
À partir des informations données par Bruce Fraser et par Thomas Knoll dès 2004, j'ai fait de nombreux essais et expériences afin d'arriver à une méthode utilisable par chacun, et j'ai pu aboutir à la technique « de la mesure pour les hautes lumières » et « de l'optimisation à + 1,33 IL »Puis j’ai utilisé ces techniques dans le cadre de mes shootings professionnels, notamment pour des grandes marques de cosmétiques (L’Oréal Professionnel, Redken, Schwarzkopf, etc)
Les Formations
Depuis 2010
J'ai ensuite vulgarisé cette méthode, afin de pouvoir la dispenser auprès de mes élèves. C'est ainsi que j'ai formé de très nombreux photographes en France, Suisse et Belgique à la mesure en numérique et à l'optimisation pour le support numérique.J'ai diffusé cette technique sur les réseaux, ainsi que dans mon livre « les secrets de la photo de studio » (Eyrolles)J'ai également formé des formateurs à ces techniques, qui les dispensent à leur tour.