- 18 jan. 2025
Le Bokeh : Une Analyse Approfondie
Le bokeh est un sujet mal compris, mais très important à comprendre pour pouvoir évaluer correctement la qualité d’une optique. Cet article décompose les notions fondamentales et clarifie les nombreuses fausses données qui circulent à son sujet.
Qu’est-ce que le bokeh ?
Le terme « bokeh » désigne l’effet de flou ou la qualité du flou généré Dans les zones hors focus (hors mise au point) d’une image. Selon le Webster Dictionary, "The blurred quality or effect seen in the out-of-focus portion of a photograph taken with a narrow depth of field." Traduction : "La qualité ou l'effet flouté observé dans la partie hors focus d'une photographie prise avec une faible profondeur de champ. » Cette définition peut être comprise de manière erronée : Même s’il est plus facile de l’observer sur des photos à faible profondeur de champ, le bokeh est présent à toutes les ouvertures puisqu’il s’agit des zones hors focus de l’image. Le bokeh influe sur la perception globale d'une image, en contribuant à son rendu en profondeur (tridimensionnalité) et à son impact visuel.
Comment observer le bokeh ?
1. Dans la zone d’usage
Pour analyser le bokeh d’un objectif, il est essentiel de le tester dans les conditions réelles d’utilisation. La zone d’usage de l’optique s’étend (de manière grossière) entre ƒ/4 et ƒ/16. En dessous de l'ouverture la plus grande, il est difficile d’évaluer correctement les performances du bokeh, car l’optique n’est plus capable de résoudre correctement l’image. En Micro 4:3, la zone d’usage démarre à ƒ/1,8 pour les optiques grand angle. C’est l’un des intérêts de ce format
2. Tridimensionnalité
Le bokeh d’une bonne optique concourt à la restitution « tridimensionnelle » de cette optique, c’est à dire son aptitude a représenter correctement les différents plans de l’image en profondeur, en limitant ou supprimant l’effet de « compression ». Ne confondez pas « sensation de tridimensionnalité en profondeur d’image » et « profondeur de champ ». Une optique tridimensionnelle permet au sujet de ressortir de manière naturelle et ce à toutes les ouvertures, sans donner une impression artificielle de « découpage / collage » du sujet sur le fond.
3. Dépendance au piqué
Le piqué ne se limite pas aux zones nettes d’une image, il s’étend également aux zones floues. Une optique bien conçue permet des transitions douces et harmonieuses, rendant les flous agréables à l’œil. Cela souligne l’importance de juger une optique dans son ensemble, et non uniquement sur sa capacité à produire des détails dans le net.
Les fausses idées sur le bokeh
Malheureusement, de nombreuses informations erronées circulent concernant le bokeh, souvent amplifiées par des sources comme Wikipedia ou des tutoriels erronés, notamment sur YouTube. Voici les principaux malentendus :
1. Le bokeh n’est pas simplement un « flou d’arrière-plan »
Contrairement à ce que beaucoup pensent, le bokeh ne se résume pas au flou d’arrière-plan. Il englobe toutes les zones hors focus de l’image, c’est à dire 98% de l’image. C’est dire l’importance de cette notion.
2. La « shallow depth of field » (la faible profondeur de champ) n’est pas obligatoire pour « détacher le sujet »
Une faible profondeur de champ peut rendre l’arrière-plan flou, mais cela ne signifie pas automatiquement que le bokeh est de qualité. Le bokeh est une question de caractère optique, pas seulement d’ouverture. Les vidéos YouTube qui nous serinent cette notion à longueur de temps démontrent surtout que leurs auteurs ne savent pas qu’une optique de qualité va « détacher le sujet » à toutes les ouvertures.
3. La « background séparation » (séparation par rapport au fond) est mal comprise
L’idée que l’ouverture seule détermine la lisibilité du sujet par rapport à l’arrière-plan est erronée. C’est la conception de l’objectif (optique, piqué, transitions) qui permet au sujet de se démarquer dans la scène. C’est a force d’utiliser des optiques de mauvaise qualité (et c’est malheureusement le cas de 95% des optiques 24x36) que l’on se voit obligé d’utiliser les grandes ouvertures pour tenter désespérément « de détacher le sujet »
De plus cela introduit un « faux standard » : beaucoup de photographes pensent que « c’est comme ça qu’il faut faire » (photographier à grande ouverture pour « détacher le sujet »), les empêchant d'apprendre à utiliser un diaphragme. Photographier à pleine ouverture (et tout le temps à pleine ouverture) ne demande aucune connaissance en photographie et c’est à la portée de n’importe qui. Apprendre à contrôler son diaphragme en fonction du contexte est une toute autre histoire : cela demande de vraies compétences photographiques.
4. Le bokeh existe au-delà de la pleine ouverture
Un autre mythe très répandu est que le bokeh ne se manifeste qu’à pleine ouverture. En réalité, le bokeh reste perceptible à des ouvertures plus petites, même avec un grande profondeur de champ.
5. Les « bokeh balls » : une notion fantaisiste totalement inventée et purement inapplicable
Les « bokeh balls », ou cercles lumineux dans le flou d’arrière-plan, sont souvent présentées comme un indicateur clé de la qualité du bokeh. En réalité, cet indicateur est purement inventé et fantaisiste. Les gens se concentrent sur l’apparence de ces cercles mais sont bien entendu incapables de nous donner une manière de le mettre en pratique dans notre photographie de tous les jours. Et pour cause !
Cette obsession est souvent amplifiée par des tutoriels « aux standards YouTube », qui présentent ces éléments comme une fin en soi, alors qu’ils sont tout bonnement inexploitables dans notre vie de photographe de tous les jours.
De plus, le fait de se limiter à l’évaluation des « bokeh balls » ne donne aucune indication sur la performance générale de l’objectif, notamment parce lorsque que ces « bokeh balls » apparaissent, l’optique est depuis bien longtemps hors de sa zone de pouvoir de résolution (« pouvoir résolvant » ou « pouvoir séparateur »). En d’autres termes : l'optique n’a plus de piqué dans cette zone.
Ces « tests » qui tentent de vous donner des « conseils » sur la qualité d’une optique à partir d’une zone ne présentant plus aucun piqué vous donne une idée de à quel point les gens sont totalement dépassés et ne comprennent pas comment évaluer la qualité d'une optique.
Lorsque vous entendez du « it is very sharp » par ci et du « it is very sharp » par là vous savez que ce commentaire est totalement creux et ne vous apporte aucune information sur l’optique.
Conclusion
Le bokeh est bien plus complexe que ce que les définitions simplistes ou les tutoriels mal informés laissent entendre. Il ne se limite pas à un simple flou d’arrière-plan ou à des cercles lumineux. Pour un photographe, comprendre comment un objectif gère la lisibilité de l’image (notamment dans les zones floues), ainsi que la manière dont il maintient la tridimensionnalité de la scène, est essentiel pour faire des choix éclairés lors de l’achat d’un objectif.
Pour aller plus loin
Ces notions sont traitées en détail dans le mini-cours « LE RENDU PHOTOGRAPHIQUE AUTREMENT »